Vie et déclin
des orques de larchipel de Crozet,
dans lOcéan Indien du Sud
Nous venons d'effectuer des analyses démographiques pour essayer de déterminer plus précisément les tendances suivies par la population d'orques de l'archipel Crozet. Pour cela nous nous sommes appuyés sur un programme de photo-identification débuté en 1964 et qui consiste à dresser la carte d'identité de chaque individu à partir des marques et cicatrices portées par leur aileron et leur tâche dorsale.
© photo
Christophe Guinet
Les analyses conduites indiquent qu'en dix ans la population est passée d'environ 93 individus en 1988-1989 et à 43 en 1998-2000. Un orque vivait en moyenne 60 ans il y a dix ans, aujourd'hui son espérance de vie est de moins de vingt ans.
Cette diminution de taux de survie pourrait cependant n'être
qu'apparente si les animaux, aujourd'hui manquants, avaient quitté les
eaux côtières de l'archipel Crozet. Cette hypothèse est
peu vraisemblable car les groupes d'orques présentent la particularité
d'être socialement très stables et seuls quelques individus manquent
dans plusieurs groupes ce qui renforce l'hypothèse d'une mortalité
accrue.
La combinaison de plusieurs facteurs pourraient être responsable du déclin
de cette population d'orques autour de l'Ile de la Possession :
1) Le déclin des principales espèces proies : les grands cétacés du fait de l'exploitation baleinière passée et celui des populations d'éléphants de mer entre les années 1960 et 1980;
2) Une mortalité induite lors des interactions récentes avec les pêcheries à la légine (Dissostichus eleginoides). En effet les orques (mais aussi les cachalots) ont compris qu'ils pouvaient se nourrir à moindre effort en récupérant les légines prises sur les palangres lorsqu'elles sont remontées.
Nos analyses nous indiquent que la situation des orques est alarmante et s'est dégradée depuis le développement de la Pêche illégale -des contrôleurs des pêches sont présents sur les bateaux autorisés à pécher sur la Zone Économique Exclusive-. Cette population est démographiquement totalement déstabilisée avec l'absence de recrutement (pas de petit) et la disparition progressive de toutes les femelles susceptibles de se reproduire ce qui nous fait craindre à plus ou moins brève échéance la disparition de ces orques.
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Christophe Guinet
Un événement récent vient renforcer nos craintes avec l'arraisonnement du Praslin un palangrier connu pour pécher illégalement dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) et placé temporairement sous séquestre à l'île Maurice pour détention illégale d'explosifs. Ces explosifs sont utilisés pour " effrayer " et plus vraisemblablement supprimer le problème des orques. La population d'orques de Crozet est suivie depuis maintenant plus de trente ans.
Nous souhaitons vous informer de cette situation dont s'alarme l'administrateur supérieur des TAAF, Monsieur François Garde, afin que des mesures rapides et concrètes soient prises dans le but d'assurer la sauvegarde de cette population d'orques mais plus largement de ces écosystèmes marins polaires qui font l'objet depuis quelques années d'un pillage systématique.
Christophe Guinet
Chargé de Recherche au CEBC-CNRS